« Je crois à la sainte Église catholique »

Comment oser proclamer une telle ineptie en récitant le « Je crois en Dieu » ?

L’Église est éclatée et se déchire encore, elle s’accroche à ses particularismes : difficile de la dire catholique, c’est-à-dire universelle ! Son histoire est parsemée de ruptures et de scandales, les derniers en date ne sont pas les moins douloureux. Comment persister à mettre en elle notre confiance ?

Certes, sans elle et sans les membres qui la composent, nous n’aurions jamais découvert la personne de Jésus Christ qui nous fait vivre mais comment supporter ses lourdeurs, le poids de son passé et les limites de son présent ? Ne vaudrait-il pas mieux se contenter du message des évangiles ?

La question se pose d’autant plus que l’Eglise est très concrète, avec ces hommes et ces femmes qui la composent, pas toujours très attirants. Force est cependant de reconnaître que notre histoire avec elle est jalonnée de rencontres d’une grande richesse : des prêtres, des religieuses, des chrétiens, des maîtres, par leurs engagements, nous ont transmis l’envie de nous dépasser à notre tour. Mais on n’en trouvera pas un seul qui, à un moment ou un autre, ne nous ait pas déçu, les papes y compris même si le dernier nous semble particulièrement sympathique… Comment se fait-il qu’il y ait autant de distance entre la vie de ces croyants et ce dont ils cherchent à être les témoins ? À quoi bon persister à garder ce genre de liens qui ne donnent naissance qu’à si peu d’êtres d’exception ? Saint Paul disait que nous portons un trésor dans des poteries sans valeur et nous ne pouvons que lui donner raison…

Alors oui, on irait bien voir ailleurs mais où ? Si nous quittons l’Église, où trouverons-nous le soutien nécessaire pour rester attachés à Jésus ou à d’autres valeurs vitales ? Faut-il se résoudre à nous cantonner dans les limites du quotidien, à l’image de ceux qui lâchent tout tant ils sont écœurés par ce qu’il advient des incitations à quitter nos routines pour construire un monde meilleur ? Mais si nous perdons nos liens, qu’allons-nous devenir ?

Quant à moi, je me sens plus proche de l’attitude qu’a saint Pierre quand beaucoup de monde abandonne Jésus. Pas plus que les autres, il ne comprend où ce dernier veut le mener, il se rend compte qu’il s’est trompé sur son rôle dans l’histoire, il est complètement perdu par des déclarations dont il ne saisit pas le sens… il dit cependant : « À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Jean 6, 68.

Alors, quitter l’Église à cause de ses imperfections ? Me refermer sur mon monde ? Abandonner tout espoir de dépassement ? Voilà qui est tentant… mais ce serait me couper de la source de mes raisons de vivre. Que vais-je devenir une fois livré à moi-même ? Je n’ai pas assez de ressources en moi pour dynamiser ma petite existence.

En conséquence, je choisis de faire mon deuil d’une perfection que, quoi qu’il en soit, je ne trouverais nulle part. Je suis devenu suffisamment adulte pour affirmer de l’Église à la  fois qu’elle est ma mère et que pourtant elle est pleine de graves défauts car elle est une société humaine. Je lui reste attaché même s’il m’arrive de me poser des questions sur son avenir. 

Aucun homme ne survit s’il s’isole : ainsi, parmi les réseaux qui me font vivre, je choisis de maintenir mon lien avec l’Église tout en persistant à me poser des questions sur sa sainteté et sur son universalité. Et vous ?

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