« Fratelli tutti » Tous frères

Tel est le titre de la deuxième encyclique du pape François promulguée ce mois-ci juste pour la fête de saint François d’Assise.

Elle s’ouvre sur une vision sombre de la réalité actuelle : le pape regrette le peu d’avancées et même les signes de recul sur les questions concernant la planète et l’humanité.  Égoïsme, manque de projets, fin de la conscience historique, colonisation culturelle, domination des conflits d’intérêt, mépris des droits humains, amplification des conflits et des peurs, obsession de la réduction des coûts humains, dégâts du néolibéralisme, non prise en compte des migrants et des pauvres, destruction de l’environnement… la liste des situations préoccupantes est longue. Certains reprochent au pape de s’en tenir à ces dénonciations sans proposer de solutions concrètes mais il se refuse, en effet, à entrer dans des argumentations politiques.

Il souligne en revanche des chemins d’espérance si la charité ouvre à un dynamisme d’ouverture et d’union : pour passer des seuls « partenaires » aux « prochains », inutile de chercher très loin les « périphéries » ! La solidarité est une vertu première quand les liens ont tendance à se dissoudre ou à se limiter à un environnement immédiat.

Ce qui frappe surtout dans ce texte, c’est la profondeur et la précision des analyses du pape. Il ne se contente pas de quelques réflexions superficielles, il développe tous les aspects des questions qu’il aborde au point que l’on peut aisément le critiquer si on s’arrête à l’un des aspects de son raisonnement. Il met ainsi en perspective propriété privée et destination commune des biens de la terre, universel et particulier, peuple – populaire – populisme, il associe charité et politique, il précise que les différences créent des conflits mais aussi que l’uniformité génère l’asphyxie, il montre l’importance de la construction de la paix tout en reconnaissant les difficultés du pardon, il rejette toute forme de guerre et condamne sans appel la peine de mort… Pour finir, en communion avec le grand imam Ahmad Al-Tayeyeb,  il affirme que les religions doivent avoir à cœur de se mettre au service de la fraternité dans le monde.

Pour ne pas en rester à ce survol rapide, je ne saurais trop vous encourager à lire ce texte en téléchargement libre sur internet.